A la campagne chez Marion Graux

CĂ©ramique intuitive

C
haleur et simplicitĂ©. C’est ce qui dĂ©crit le mieux ce que je ressens en raccrochant d’avec Marion Graux, que j’ai appelĂ©e pour la rencontrer. EnchantĂ©e par cette escapade (l’atelier de Marion se trouve dans l’Oise), je prends ma voiture un lundi matin de mars et me fraie un chemin sur les routes de campagne jusqu’Ă  elle et son atelier qui fume. On est restĂ© trois heures Ă  papoter, boire du thĂ© et choisir les sublimes piĂšces qu’elle fera pour nous (et qui sont arrivĂ©s !).

Marion est Ă  part. Elle vient avec toute son histoire, elle est vivante, imperturbablement vraie, franche et drĂŽle. Je prĂ©fĂšre vous laisser la dĂ©couvrir par vous-mĂȘmes comme si vous Ă©tiez lĂ  avec nous.

La terre pour s’y reposer:

« J’ai d’abord fait des Ă©tudes de stylisme Ă  l’ESMOD, puis je me suis orientĂ©e vers le stylisme dĂ©co au Elle, oĂč j’ai passĂ© plusieurs annĂ©es. J’avais depuis toujours une vraie fibre crĂ©ative qui avait guidĂ© un choix d’Ă©tudes, mais j’étais souvent rabattue sur le bord de la route car je ne sais pas trĂšs bien dessiner. Le dessin est souvent enseignĂ© et considĂ©rĂ© comme la premiĂšre façon de s’exprimer et de raconter ce que l’on a envie de raconter. Moi j’avais des dessins trĂšs naĂŻfs et une reprĂ©sentation trĂšs maladroite de la perspective. J’étais convaincue d’avoir quelque chose d’artistique ou de crĂ©atif en moi. Et c’était difficile de ne pas pouvoir l’exprimer. C’était un vrai complexe pendant assez longtemps. Ca n’en est plus du tout un aujourd’hui car j’ai compris que dans ma tĂȘte ça fonctionne autrement, avec d’autres lignes, que j’ai ma propre transformation. La dĂ©couverte de la terre a Ă©tĂ© un soulagement. Ca a rĂ©solu le blocage du dessin. Avec la terre, et pour la premiĂšre fois je pouvais poser mes valises et m’exprimer. »

Sur la route de la terre:

« Au Elle je faisais beaucoup de stylisme culinaire pour les fiches recettes, c’est ça qui m’a mis sur la route de la terre. J’ai rencontrĂ© des cĂ©ramistes Ă  Paris, et pour une fois le mĂ©tier m’est apparu avec des contours et une rĂ©alitĂ© que je ne m’étais pas formulĂ©e. De rencontrer des cĂ©ramistes comme Brigitte de Bazelaire, Christiane Perrochon, Claire de LavallĂ©e, des femmes en plus, c’était des dĂ©clencheurs de possibilitĂ©. Elles proposaient quelque chose de nouveau, loin de la poterie folklore du sud et proche d’un esprit art de la table, cuisine, table oĂč l’on mange, et espace de convivialitĂ©. J’ai tout arrĂȘtĂ©, j’ai travaillĂ© quelques mois au moment de l’ouverture de Merci aux cĂŽtĂ©s de Daniel Rozensztroch pour financer la formation et je me suis lancĂ©e. J’ai pris des cours de tour pendant une annĂ©e scolaire auprĂšs d’Augusto Tozzola. Je voulais la lĂ©gitimitĂ© du diplĂŽme donc j’ai passĂ© le CAP en candidat libre Ă  Aubagne. Et c’était gĂ©nial. C’est aussi arrivĂ© Ă  un moment charniĂšre de ma vie sur le plan personnel, et professionnellement je ne savais pas encore oĂč j’allais. Il y a 6 ans ce mĂ©tier Ă©tait encore moins « normal » qu’aujourd’hui, j’Ă©tais surtout en train de dĂ©broussailler l’inconnu. »

Les pieds sur terre:

« Ici c’était le garage de mon pĂšre. Petit Ă  petit j’ai virĂ© le vĂ©lo, la vieille table, les outils
 et j’ai installĂ© mon tour. Comme j’avais travaillĂ© dans la presse, c’était assez facile pour moi de me faire connaĂźtre, mais j’ai mis du temps Ă  oser montrer mon travail, Ă  le trouver Ă  la hauteur. J’ai commencĂ© en faisant une commande pour le salon de thĂ© de Catherine Deneuve, le salon du PanthĂ©on, qui est un endroit extraordinaire. Et petit Ă  petit les choses se sont prĂ©cisĂ©es, j’étais plus juste, plus alignĂ©e. J’ai travaillĂ© dur et j’ai eu ma premiĂšre grosse commande pour Cyril Lignac. Puis d’autres restaurants gastronomiques m’ont appelĂ©e: Guy Martin pour le Grand VĂ©four, le Saturne, le Clown Bar, Le QuinziĂšme de Cyril Lignac… J’ai pleins de commandes à venir, je travaille pour des marques et d’autres chefs, les projets fourmillent ! »

Cet entretien a eu lieu il y a 8 semaines. A son issue, nous avons choisi ensemble des piĂšces emblĂ©matiques de son travail qui nourriraient la collection nous. Assiettes plates, creuses et marguerite oĂč la matiĂšre est mise Ă  l’honneur dans l’Ă©paisseur du grĂšs blanc et la douceur de l’Ă©mail. Vous pouvez les dĂ©couvrir ci-dessous et au 19 rue Clauzel Ă  Paris 9.

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